Chirurgien vasculaire
Spécialiste du traitement des varices

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées par les varices ? Le rôle des hormones expliqué par le Dr Paul Pittaluga

Grossesse, règles, ménopause… Découvrez pourquoi les hormones influencent la circulation veineuse et favorisent les varices chez les femmes. Les explications et conseils du Dr Paul Pittaluga.

Comment fait-on le diagnostic de varices ?

À retenir d’emblée

Même si les hommes en souffrent aussi, les femmes représentent les ¾ des patients traités pour une insuffisance veineuse. Derrière cette disparité frappante se cache un facteur souvent sous-estimé : les hormones féminines. Tout au long de sa vie, une femme traverse des phases hormonales qui influencent directement le tonus, l’élasticité et la résistance de ses veines. Cet article vous donne les clés pour comprendre ces mécanismes et agir au bon moment.

1. Les femmes, premières concernées par la maladie veineuse

La maladie veineuse chronique est l’une des affections les plus fréquentes dans les pays occidentaux. En France, environ 18 millions de personnes sont concernées par l’insuffisance veineuse à des degrés divers. Mais la répartition est loin d’être égale entre les sexes.

La fréquence des varices chez les femmes est estimée à 10–20 % avant 40 ans, à 20–40 % entre 40 et 50 ans, et dépasse probablement 50 % au-delà de 60 ans. À Paris Veine Institut, les patientes de plus de 45 ans représentent les deux tiers des femmes opérées de varices, et l’âge moyen lors d’une première intervention est de 52 ans.

Cette prévalence féminine n’est pas le fruit du hasard. Elle s’explique par des mécanismes biologiques précis, liés aux spécificités hormonales du corps féminin, qui fragilisent les parois veineuses à chaque grande étape de la vie reproductive et post-reproductive.

2. Comment les hormones féminines agissent sur les veines

Des récepteurs hormonaux dans les parois veineuses

Les parois internes des veines portent des récepteurs spécifiques aux hormones sexuelles féminines, en particulier aux œstrogènes et à la progestérone. Les veines sont donc des cibles directes des fluctuations hormonales tout au long de la vie d’une femme.

L’action des œstrogènes

Les œstrogènes exercent un effet complexe sur le système veineux. Ils peuvent favoriser la rétention hydrosodée (rétention d’eau et de sel), augmenter la perméabilité capillaire et la distensibilité veineuse. À des taux élevés, ils contribuent également à modifier les paramètres de la coagulation sanguine, pouvant augmenter la tendance à la formation de caillots chez certaines femmes.

L’action de la progestérone

La progestérone a un effet relaxant bien documenté sur les cellules musculaires lisses des parois veineuses : elle diminue le tonus veineux, c’est-à-dire la capacité des veines à se contracter pour propulser le sang vers le cœur. Résultat : les veines se dilatent plus facilement, le sang y stagne davantage et les symptômes d’insuffisance veineuse (lourdeurs, gonflements) s’accentuent.

À retenir

Les œstrogènes et la progestérone agissent toutes deux pour relâcher les parois veineuses et diminuer leur tonus. Ce double effet explique pourquoi les femmes sont structurellement plus exposées à l’insuffisance veineuse que les hommes, et pourquoi les périodes de pic hormonal (grossesse, certaines phases du cycle) sont celles où les symptômes s’aggravent le plus.

3. Cycles menstruels : les jambes lourdes avant les règles

De nombreuses femmes remarquent une aggravation de leurs symptômes veineux dans les jours précédant leurs règles : lourdeurs de jambes plus intenses, légères enflures des chevilles, sensation de tension. Ce n’est pas une coïncidence.

En fin de cycle (phase lutéale), les taux de progestérone atteignent leur pic. La distensibilité veineuse est maximale, le retour veineux ralentit, et les symptômes fonctionnels d’insuffisance veineuse sont à leur comble. Dès le début des règles, la chute brutale de ces hormones entraîne généralement une amélioration rapide des symptômes.

Ce phénomène cyclique est souvent le premier signal que le système veineux d’une femme mérite attention — bien avant l’apparition de varices visibles.

4. Grossesse : la période la plus critique pour les veines

La grossesse est une période où les veines sont particulièrement sollicitées. Beaucoup de femmes constatent l’apparition de varices ou une aggravation de symptômes déjà présents.

Contrairement à une idée reçue, la grossesse n’est pas, à elle seule, responsable des varices. Selon le Dr Paul Pittaluga, elle révèle le plus souvent une fragilité veineuse préexistante, très souvent d’origine héréditaire.

L’explication est avant tout hormonale. Pendant la grossesse, les taux d’œstrogènes et de progestérone augmentent fortement. Ces hormones favorisent la dilatation des veines. Chez les femmes dont les parois veineuses sont plus sensibles à ces variations hormonales, les veines se dilatent plus facilement et les symptômes d’insuffisance veineuse peuvent s’accentuer.

Toutes les femmes ne réagissent cependant pas de la même façon. Certaines développeront des varices dès leur première grossesse, tandis que d’autres n’en présenteront qu’après plusieurs grossesses, voire plusieurs années plus tard. Le nombre de grossesses augmente progressivement le risque de développer des varices, estimé à 23 % lors d’une première grossesse, 27 % lors des deuxième et troisième grossesses, puis 31 % à partir de la quatrième grossesse, notamment en présence d’un terrain héréditaire.

Les jambes lourdes, les gonflements et les douleurs veineuses sont également plus fréquents pendant la grossesse. Le risque de phlébite augmente lui aussi, en particulier dans les semaines qui suivent l’accouchement.

Après la naissance, certaines veines retrouvent progressivement un aspect normal lorsque l’imprégnation hormonale diminue. D’autres restent durablement dilatées et correspondent à de véritables varices.

Pendant la grossesse, les traitements curatifs des varices sont contre-indiqués. La prise en charge repose essentiellement sur le port d’une compression médicale adaptée, la marche et les mesures destinées à favoriser le retour veineux.

5. Ménopause : un tournant pour la santé veineuse

La ménopause survient en moyenne vers 51 ans dans les pays occidentaux et marque la fin des cycles hormonaux reproductifs. Son impact sur la circulation veineuse est paradoxal, et souvent mal compris.

Un paradoxe apparent : moins de symptômes, mais des varices qui s’aggravent

La baisse naturelle des œstrogènes et de la progestérone à la ménopause tend à réduire la distensibilité veineuse et les symptômes fonctionnels — jambes lourdes, gonflements. Des femmes rapportent ainsi souffrir moins de leurs jambes après la ménopause qu’avant.

Mais ce soulagement apparent masque une réalité plus inquiétante : les varices continuent de progresser structurellement et en silence. L’âge dégrade la paroi veineuse, les valvules s’abîment, et le risque de complications (thrombose, troubles cutanés, ulcère veineux) augmente avec les années.

Ce que la ménopause change réellement pour les veines :

  • Progression silencieuse : les varices s’étendent avec l’âge, même en l’absence de douleur marquée
  • Risque thrombotique accru : le risque de phlébite augmente naturellement avec l’âge, indépendamment des hormones
  • Facteurs associés : prise de poids, arthrose, sédentarité liée aux douleurs sont autant de facteurs aggravants

6. Traitement hormonal de la ménopause : faut-il l’éviter lorsqu’on a des varices ?

De nombreuses femmes s’interrogent au moment de la ménopause : la présence de varices est-elle une raison de renoncer à un traitement hormonal substitutif (THS) ?

Pour le Dr Paul Pittaluga, la réponse est claire : dans la grande majorité des cas, non.

En dehors de situations particulières, notamment en cas d’antécédents personnels de cancer du sein ou de risque élevé de phlébite, la présence de varices ne doit pas conduire à renoncer à un traitement hormonal substitutif lorsqu’il est indiqué.

Si les hormones peuvent influencer le fonctionnement des veines et favoriser certains symptômes chez les femmes présentant une fragilité veineuse, cet effet doit être mis en perspective avec les bénéfices attendus du traitement hormonal sur l’ensemble de l’organisme.

En pratique, le Dr Pittaluga recommande plutôt une prise en charge globale : surveiller régulièrement le réseau veineux, traiter les varices lorsqu’elles le nécessitent et ne pas se priver d’un traitement hormonal substitutif dont les bénéfices sont importants lorsqu’il est bien indiqué.

Autrement dit, il ne s’agit pas de choisir entre traiter sa ménopause ou préserver ses veines. Les deux peuvent être conciliés grâce à un suivi médical adapté.

Le point de vue du Dr Paul Pittaluga

« Il ne faut pas éviter un traitement hormonal substitutif simplement parce que l’on a des varices. En dehors de situations particulières, notamment en cas d’antécédents personnels de cancer du sein ou de risque important de phlébite, les bénéfices de ce traitement sur l’organisme sont souvent largement supérieurs à son éventuel impact sur les veines. En revanche, cela suppose de faire contrôler régulièrement sa circulation veineuse et de traiter ses varices lorsqu’elles le nécessitent. »

À retenir

Les femmes sont plus exposées aux varices et à l’insuffisance veineuse que les hommes en raison de l’action des hormones féminines sur les parois veineuses. Les œstrogènes et la progestérone diminuent le tonus des veines, favorisent leur dilatation et ralentissent le retour veineux, ce qui peut entraîner des jambes lourdes, des gonflements et l’apparition de varices.

Les principales étapes de la vie hormonale — cycle menstruel, grossesse et ménopause — influencent différemment la circulation veineuse. Les symptômes sont souvent plus marqués avant les règles et pendant la grossesse, tandis que les varices peuvent continuer à évoluer après la ménopause, même lorsque les douleurs diminuent.

La grossesse révèle le plus souvent une fragilité veineuse préexistante, fréquemment liée à un terrain héréditaire, plutôt qu’elle ne crée les varices à elle seule. Quant au traitement hormonal de la ménopause, il n’est généralement pas contre-indiqué en cas de varices lorsqu’il est médicalement indiqué. Un suivi régulier auprès d’un spécialiste des maladies veineuses permet d’évaluer l’évolution de l’insuffisance veineuse et de proposer une prise en charge adaptée afin de limiter le risque de complications.

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