Chirurgien vasculaire
Spécialiste du traitement des varices
Après un été caniculaire historique, c’est le moment de faire le point sur l’état de vos jambes. Réponses à travers 5 questions au Dr Pittaluga

Cet été, les épisodes de fortes chaleurs ont mis nos veines à l'épreuve. Jambes lourdes, chevilles gonflées, douleurs en fin de journée : beaucoup de personnes ont serré les dents en se disant que ça passerait avec la fin de la canicule. Les températures ont baissé, les symptômes se sont souvent atténués, et le sujet a été refermé. C'est précisément là que se joue le malentendu.
1. Cet été a été marqué par de fortes chaleurs. Avez-vous constaté des conséquences chez vos patients ?
Oui, et de deux natures différentes.
La première est mécanique. La chaleur dilate les veines. Quand le système valvulaire fonctionne bien, cette dilatation reste sans conséquence. Quand il est déjà fragilisé, même sans varices visibles, les veines encaissent moins bien : le sang stagne davantage dans les jambes, et les symptômes apparaissent ou s'aggravent nettement. Lourdeurs, gonflement des chevilles, douleurs en fin de journée, crampes nocturnes, impatiences.
La seconde est plus préoccupante. Les fortes chaleurs s'accompagnent souvent d'une déshydratation, et l'été s'accompagne de longues périodes d'immobilité : trajets en voiture, vols, attentes. Cette combinaison augmente le risque thrombotique. J'ai vu cet été des thromboses veineuses superficielles, ce que les patients appellent parfois des paraphlébites, et des phlébites qui auraient pu être prises en charge plus tôt.
Ce qui m'a le plus frappé, c'est le délai. Beaucoup de patients ont attendu plusieurs semaines avant de consulter, en se disant que la chaleur expliquait tout.
2. Quels problèmes ont pu passer inaperçus cet été ?
Le réflexe le plus fréquent, et le plus compréhensible, c'est de tout mettre sur le compte de la chaleur. « Il fait 38 degrés, tout le monde a les jambes lourdes. » C'est vrai en partie, et c'est aussi ce qui peut masquer trois situations bien différentes.
- Une maladie veineuse qui se révélait. Les symptômes n'étaient pas dus à la chaleur, ils étaient dus à un reflux veineux que la chaleur a simplement rendu audible. La chaleur n'a pas créé le problème, elle l'a révélé.
- Une thrombose veineuse superficielle prise pour autre chose. Un cordon dur, rouge et douloureux sur le trajet d'une veine est souvent confondu avec un coup ou une piqûre, et traité avec une crème. Or elle mérite un examen, notamment parce qu'elle peut s'étendre ou être associée à une atteinte plus profonde.
- Un gonflement d'une seule jambe. L'asymétrie est le signal important. Une jambe nettement plus grosse, plus chaude ou plus douloureuse que l'autre, en particulier après un long trajet, doit faire éliminer une phlébite. Non traitée, elle peut entraîner de graves complications et laisser des séquelles durables sur le réseau veineux.
J'ajoute un point qui surprend souvent : on peut avoir une maladie veineuse sérieuse sans varice visible, en cas de surpoids par exemple, et à l'inverse avoir des veines apparentes parfaitement bénignes. L'œil nu ne peut pas être seul juge.
3. Mes symptômes ont disparu depuis que les températures ont baissé. Le problème est donc réglé ?
C'est la question la plus importante de cet article, et la réponse est non.
Il faut distinguer les symptômes et leur cause. Ce qui a baissé avec les températures, ce sont les symptômes. La cause, elle, est toujours présente. Lorsqu'une veine ne joue plus son rôle, il s'agit d'une anomalie mécanique et le plus souvent durable : elle ne se répare rarement avec l'arrivée de l'automne. La chaleur était un facteur aggravant, pas le problème lui-même. Le piège est donc double. D'abord, l'amélioration donne un sentiment de fausse sécurité, et le sujet est oublié jusqu'aux prochaines chaleurs. Ensuite, la maladie veineuse est une maladie évolutive : un an plus tard, on ne repart pas du même point. Ce qui aurait pu être surveillé simplement demande parfois une prise en charge plus lourde.
Il y a d'ailleurs une bonne nouvelle dans le calendrier. L'automne et l'hiver sont la bonne période pour faire le point et, si nécessaire, se faire traiter. Il fait moins chaud, la compression est plus facile à porter, et cela laisse le temps d'être tranquille avant l'été suivant. Attendre le retour des fortes chaleurs pour s'en occuper, c'est prendre le risque de voir la maladie s’aggraver, avec un risque accru de complication pendant l’été à venir.
Autrement dit : si vous avez souffert des jambes cet été et que tout va mieux aujourd'hui, ce n'est pas une raison de ne pas consulter. Au contraire, c'est le bon moment pour le faire !
4. Quels examens permettent de faire ce point ?
Trois étapes, et elles sont simples.
La première est un temps d'interrogatoire sur les symptômes ressentis, leur horaire, les antécédents personnels et familiaux, le mode de vie et le travail. C'est essentiel pour guider l’examen et construire la stratégie de traitement.
Ensuite l'examen clinique qui permet d’inspecter et de palper la jambe. Il se fait essentiellement debout, sur les deux jambes.
Enfin l’examen écho-Doppler. C'est l'examen de référence. Il est indolore, non invasif, sans injection et sans rayons : une sonde d'échographie, un peu de gel, une vingtaine de minutes. Il permet de voir le sens de circulation du sang, de vérifier si les valvules sont compétentes, de cartographier précisément les éventuels reflux et de repérer les séquelles d'une thrombose passée.
Son intérêt principal est justement de montrer ce que l'on ne voit pas. Il arrive régulièrement qu'un patient sans varice très apparente présente un reflux significatif, et qu'un autre, inquiet de veines très visibles, soit rassuré en quelques minutes. Dans les deux cas, l'examen a servi à quelque chose.
5. Qui faut-il aller consulter ?
Un spécialiste vasculaire : un médecin vasculaire, que l'on appelle aussi angiologue ou phlébologue, ou un chirurgien vasculaire. Les deux sont formés à l'écho-Doppler et à l'interprétation des résultats.
En cas de signe évoquant une phlébite, notamment un gonflement douloureux d'une seule jambe, la consultation ne doit pas attendre.


