Chirurgien vasculaire
Spécialiste du traitement des varices

Bureau, télétravail et circulation veineuse : ce que la position assise fait vraiment à vos jambes

Comment fait-on le diagnostic de varices ?

Jambes lourdes en fin de journée, chevilles marquées par les chaussettes, sensation de tension dans les mollets : à la rentrée, ces symptômes reviennent souvent en même temps que les longues journées de bureau. La position assise prolongée n'est pas anodine pour la circulation veineuse, mais le problème n'est pas celui que l'on croit.

1. À la rentrée, beaucoup d'entre nous retrouvent leur bureau et passent plusieurs heures par jour assis. Quel impact cela peut-il avoir sur la circulation veineuse ?

Pour comprendre, il faut se rappeler une chose simple : dans les jambes, le sang veineux doit remonter vers le cœur, donc à contre-courant de la gravité. Le cœur pousse le sang vers le bas, mais il ne le ramène pas vers le haut.

Ce travail de remontée est assuré en grande partie par la pompe musculaire du mollet. À chaque pas, les muscles du mollet se contractent et compriment les veines profondes, qui entraînent les veines superficielles, ce qui propulse le sang vers le haut. Les valvules situées à l'intérieur des veines empêchent ensuite le sang de redescendre.

Quand on reste assis plusieurs heures sans bouger, cette pompe est à l'arrêt. Le sang stagne dans les jambes, la pression augmente à l'intérieur des veines, et une partie du liquide passe dans les tissus environnants. C'est un « œdème », qui produit le gonflement de la cheville, la sensation de jambe lourde et la marque des chaussettes en fin de journée.

Le point important, c'est que ce n'est pas la position assise en elle-même qui pose problème. C'est sa durée sans interruption. Une personne assise huit heures mais qui se lève régulièrement n'est pas dans la même situation qu'une personne assise quatre heures d'affilée sans jamais bouger.

2. En télétravail, on peut facilement passer plusieurs heures sans même se lever de sa chaise. Quelles sont les erreurs à éviter ?

Le télétravail a supprimé tout ce qui, au bureau, nous faisait bouger sans y penser : le trajet entre deux salles de réunion, la machine à café, le collègue à qui on va parler. On enchaîne les visioconférences sans jamais vraiment quitter son siège.

Les erreurs les plus fréquentes que je constate :

Travailler sur le canapé ou sur le lit.  La position sur un lit ou un canapé oblige à replier les jambes sous son poids, ce qui comprime l'arrière des cuisses et des genoux, gênant encore davantage le retour veineux.

  • Un siège mal réglé. Si les pieds ne touchent pas le sol, le bord du siège appuie sur l'arrière des cuisses et crée un point de compression permanent. De plus l’absence d’appui sur le sol empêche les mouvements de flexion-extension de la cheville qui favorise le retour veineux.
  • Un intérieur trop chauffé. La chaleur dilate les veines. Un chauffage élevé, ou un plancher chauffant sous le bureau, accentue nettement les symptômes en hiver.
  • Boire moins. Sans fontaine à eau ni pause collective, on pense moins à s'hydrater, alors qu'il faudrait au contraire en profiter pour se lever.

3. Rester assis huit heures par jour, ou rester debout toute la journée : qu'est-ce qui pose le plus de problèmes aux jambes ?

C'est la question que l'on me pose le plus souvent, et je réponds presque toujours la même chose : c'est une fausse opposition. Les deux postures ont un point commun : l'immobilité.

Debout sans bouger est certainement la pire des situations, la colonne de sang entre le pied et le cœur est maximale, et la pression à l'intérieur des veines de la cheville est à son plus haut niveau. C'est d'ailleurs pour cette raison que la station debout prolongée est reconnue comme un facteur de risque professionnel de maladie veineuse chronique, notamment chez les coiffeurs, les personnels soignants, les vendeurs ou les personnels de restauration et beaucoup de métiers de service.

Assis, c’est un peu moins défavorable car cette colonne de sang est plus courte, mais s'ajoutent la flexion de la hanche et du genou et la compression de l'arrière des cuisses par le siège, pendant que la pompe du mollet reste tout aussi inactive.

Autrement dit : la pire des deux c’est la position debout prolongée, mais c’est surtout c'est celle que l'on tient le plus longtemps sans bouger. Ce qui protège les jambes, c'est d'alterner les postions et de marcher.

4. Au bureau, à quelle fréquence faudrait-il idéalement se lever et marcher ? Et marcher davantage au quotidien, est-ce que ça change réellement quelque chose ?

Le minimum, c'est de se lever toutes les deux heures et de marcher dix à quinze minutes. Ce n'est pas une pause symbolique de trente secondes : il faut que la marche dure assez longtemps pour que la pompe musculaire du mollet travaille réellement et vide les veines.

Et il y a un second élément, au moins aussi important et presque toujours oublié : l'hydratation. Lorsqu'on boit peu, le sang se concentre et devient plus visqueux, ce qui ralentit encore une circulation déjà freinée par l'immobilité. Boire régulièrement a d'ailleurs un double bénéfice : cela entretient la fluidité du sang, et cela oblige à se lever.

Marcher et boire : ce sont les deux piliers de la prévention quand on a un travail sédentaire et qu'on passe la journée assis à un bureau. Ce sont aussi les deux choses que l'on cesse de faire sans s'en rendre compte quand la charge de travail augmente.

Entre deux pauses, si vous ne pouvez vraiment pas quitter votre poste, mobilisez vos chevilles sous le bureau : une quinzaine de mouvements de flexion-extension, en montant sur la pointe des pieds puis en relevant les orteils, c’est la raison pour laquelle il faut que le siège de bureau soit bien réglé. C'est le même geste qu'en avion, et il active la pompe du mollet sans avoir à se lever.

Quant à savoir si marcher davantage change réellement quelque chose, la réponse est oui, sans ambiguïté. Une nuance s'impose toutefois : la marche ne fait pas disparaître des varices déjà installées, car une veine dont les valvules ne fonctionnent plus ne se répare pas par l'exercice. En revanche, elle réduit nettement les symptômes et participe à ralentir l'évolution de la maladie.

5. Les bas de contention : à qui servent-ils vraiment, comment les choisir, et faut-il les porter au bureau ou seulement en voyage ?

Commençons par lever le malentendu principal : les bas de compression ne sont pas réservés aux seuls longs trajets en avion. Même si cela est fortement conseillé, c’est une situation peu fréquente pour l’immense majorité de la population. En pratique, ils sont indiqués dès lors qu'il existe un inconfort, des symptômes veineux, une maladie veineuse connue, ou un travail imposant une position statique prolongée, assise comme debout. Les porter au bureau est donc parfaitement indiqué.

Comment fonctionnent-ils ?

Ils exercent une pression dégressive, maximale à la cheville et décroissante en remontant vers le mollet. Cette pression aide les veines à se vider vers le haut et soutient le travail de la pompe musculaire.

Les quatre classes de compression

En France, la pression est mesurée à la cheville selon la norme Afnor G30 102B, et quatre classes sont distinguées :

  • Classe 1 : 10 à 15 mmHg, compression légère.
  • Classe 2 : 15 à 20 mmHg, compression moyenne.
  • Classe 3 : 20 à 36 mmHg, compression forte.
  • Classe 4 : au-delà de 36 mmHg, compression très forte.

Les classes 1 et 2 couvrent la grande majorité des situations de prévention et de jambes lourdes. Les classes supérieures relèvent d'indications précises posées après examen. Sur prescription médicale, ces dispositifs sont pris en charge par l'Assurance Maladie à hauteur de 60 % du tarif de base.

Comment les choisir, et les porter

Deux conditions pour qu'ils soient efficaces. D'abord, la prise de mesures : tour de cheville, tour de mollet, et hauteur du sol au creux du genou, réalisée par un pharmacien ou un orthoprothésiste. Un bas mal dimensionné est au mieux inefficace, au pire nocif, car il peut créer des points de compression (effet garrot) ou des frictions (cloques, brûlures) au lieu d'aider le retour veineux. Une mauvaise expérience peut conduire à abandonner tout port d’une compression, au détriment de sa santé veineuse…

Ensuite, le moment : il faut surtout les porter quand on anticipe une position statique dans la journée, en particulier au travail !

À retenir

Ce n'est ni la chaise ni le bureau qui abîment les jambes, c'est la durée pendant laquelle on ne bouge pas. Au minimum, levez-vous toutes les deux heures et marchez dix à quinze minutes, buvez régulièrement tout au long de la journée, mobilisez vos chevilles quand vous ne pouvez pas quitter votre poste, et parlez des bas de compression à votre médecin si vos jambes sont lourdes tous les so

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